Jeudi 2 juillet 2009
Il y avait ce vent violent qui faisait crier les cailloux. Appuyée contre un rocher, elle avait vu s'installer la nuit. Les petits lampions calmes là-haut. Son gilet boutonné, ses genoux ramenés sous son menton, les bras autour, les doigts de pieds crispés dans ses sandalettes, elle avait bien un peu froid, elle avait bien un peu peur. Et même si la mer la rassurait parce la mer ne ment jamais, elle craignait l'immense immensité noire qui allait et venait à grands pas de danse. Un moment elle ferma les yeux, imagina un  soleil joyeux comme un feu de plage. Le sable chaud entre ses orteils. Des voix et des rires. Elle aurait pu toucher la joie. Quand elle rouvrit les paupières, la mer seule dansait dans le noir.
Ile Eniger - Un cahier ordinaire
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Mercredi 1 juillet 2009

Dites 33, dit le docteur. Et pourquoi donc ? Le fait de prononcer des "t" et des "r" renseigne sur l'état de notre gorge. La poésie a-t-elle parfois mal à la gorge ? Le poète certainement, à déclamer dans les déserts ou à tenter, pauvre fou, de couvrir le vacarme permanent du monde. Mais si la voix s’épuise, la poésie est son miel, un miel intarissable. La poésie survivra à l’homme. Elle était là bien avant lui. La poésie ne craint pas le silence. Parfois même elle le préfère.    CG
 
Au fond, la poésie est une sorte de magie opérative. Ce n'est pas une science, mais un art, un faire initiatique, un pouvoir d'autotransformation sans que l'on puisse en identifier la source. Le poète n'en est pas le maître ou le démiurge. Il n'est que l'instrument ou le porte-parole du silence qui le hante. Il est habité par ce qui le traverse et le dépasse. Le poète, disait Jean Carteret, est l'homme le plus troué du monde. Michel Camus (in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science)
 
AU SOMMAIRE
 
 Délit de sauvegarde : Rita Mestokosho (Ekuanitshit, Québec), poétesse Innue, sa voix, son combat pour la protection du territoire et de la culture Innus.
 
Délit de poésie : Ile Eniger (Alpes Maritimes), Saint-John Kauss (Québec)
 
Délit récidiviste : Cathy Garcia (Lot) présente Trans(e)création, nouveau recueil à paraître aux ed. Dlc
 
Délit d’éducation : Jean-Marc Couvé (Seine Maritime), livre le Journal d’un stit. 
 
Délits d’(in)citations, tout petits cristaux scintillants dans l’obscurité.
En fin de revue, un bulletin de complicité ne demande qu’à s’envoler.
 
Illustrateur invité : Valéry Jamin (Lot) - valery.jamin@wanadoo.fr
Né le 4 avril 1970 « Plasticien sans matières plastiques, sculpteur sans statues et artiste sans formation -et sans statut-, j'aime travailler les matériaux naturels et vivants, terre, pierre, bois, et les mots des humains. Pour composer les illustrations de ce numéro 33, je me suis assis au bord de la Dordogne à côté de laquelle j'habite et j'ai utilisé des galets, coquillages et végétaux se trouvant à portée de ma main. »

 
 Pour nous qui vivons de plus en plus entourés de masques et de schémas intellectuels, et qui étouffons dans la prison qu’ils élèvent autour de nous, le regard du poète est le bélier qui renverse ces murs et nous rend, ne serait-ce qu’un instant, le réel ;  et avec le réel, une chance de vie. Philippe Jaccottet
 
 Nouveaux Délits  - Juillet 2009  -  ISSN : 1761-6530  -  Dépôt légal : à parution  - Auto-impression sur papier recyclé-  Autodiffusion  Coupable responsable : Cathy Garcia - Létou - 46330 St Cirq-Lapopie  Illustrateur : Valéry Jamin – Correcteur : Michel Host   - http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com
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Mercredi 1 juillet 2009
Les fleurs ont ouvert leurs parasols
et la taille fine dans leurs robes à plis
se chuchotent leurs ennuis de fleurs
en fumant des parfums dans des tiges.
L'une se plaint des visiteurs nocturnes(les araignées),
l'autre des bourdons
qui rasent son toit comme des avions,
l'autre d'une épine au cœur,
l'autre de l'incompréhension du jardinier,
et celle qui ne parle pas, la plus heureuse,
cache sous sa feuille, un cocon de chenille.
Elle est enceinte d'un papillon !
Les criquets eux,
font le service à cette terrasse
et c'est bien joli !

Felix Leclerc
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Mardi 30 juin 2009
L'écriture et les photos de Nathalie Riera : Un souffle de fraîcheur, de la beauté

Les feuillages éprouvent mes langueurs. Les galets et les roches noires : j’affectionne leurs empathies.

         Le souffle fraternel est infrangible.

 *

         J’écris avec l’encre de la lisière, avec le réel ancré dans la pierre, avec l’immédiateté de l’air, l’imminence de l’instant, la contiguïté du noir et du blanc.

        

         Ma verte contemplation.

EN CONJONCTION2.jpg

            Et quand le ravin était le lieu non des ombres, mais des clartés des oiseaux, à ces endroits de la vie où nous n’étions pas encore dans le souvenir. Où il fait clair, sans que nous ne soyons unis à l’aube.


        Et quand le ravin ne se souvient de rien. Comme ce qui est sans souvenir, je me suis fui. Dans un battement de paupières.

 

         Il fait clair, et je contemple ce pan de silence.

        

         Comme la clarté est muette.

 

Nathalie Riera - Blog "Les Carnet d'Eucharis

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Dimanche 28 juin 2009

Va

Toujours le sens de l'épine et de l'épure. La croisée des mondes dans la lumière sur les vignes. La petite robe rouge dans la vigueur du jour. L'étrange voix de l'air par la bouche des feuilles. L'odeur chauffée des sueurs. L'homme qui rentre lentement par le chemin du soir.  Ces choses maintes fois dites, faites. La traverse des nuits aux yeux de lilas, une neige de brume aux longs doigts d'écharpes. Et le ruisseau qui chante son impatience bleue. Est-ce là le battement sidéral du panier quotidien ? L'ange novice a un rire d'alouette quand il ne répond pas. La vie va dans ce méli-mélo, comme une image pieuse, sans le savoir.
Ile Eniger - Un cahier ordinaire

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Dimanche 28 juin 2009
Le ciel ment comme tous les jours. Une fatigue lie ses poignets. Seule devant la mer, elle n'écrit pas le soleil remonté, il connaît le chemin. Elle n'écrit pas la douleur. L'infirme douleur. L'inutile. Vivante graine de septembre, elle vient de loin. Exacte dans les images du miroir, elle entend le silence. Sur sa nuque, la brûlure compte les années. Quoi qu'elle fasse la saison passera. Si elle ne fait rien la saison passera aussi. Des nuages blancs estampillent l'été, des rires d'enfants fleurissent le sable. Elle pense à l'entêtement des herbes dressées après l'orage, à l'instant parfait né de neige fraichement dissoute, à la lumière d'étoile rouge, aux morceaux de verre dans le soleil. Rien ne déroute, écrire est sa détermination. Le clou du manque vrille ses poignets. L'humilité ne rendra compte que de la partie. La partition ne donnera que sa mesure. Goutte à goutte du temps sur la veine du vivre, 365000 jours au plus. Chaque seconde la réponse est définitive. Des oiseaux frôlent ses mains muettes, éloquence du silence. C'est à l'arbre d'hiver qu'on comprend la confiance et au lit des éteules que remontent les blés.
Ile Eniger - Un cahier ordinaire
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Samedi 27 juin 2009
Si vous pouvez aller assister à cette lecture de l'oeuvre de ce très grand écrivain, n'hésitez pas, qualité et plaisir assurés !

"Au Moulin Brûlé" à Boulbon (13150)

à la Petite Librairie des Champs
voir ici le site très intéressant de La Petite Librairie des Champs

Samedi 4 juillet (à partir de 18 h/19 h)

Lecture, rencontre, échange
avec


Pierre AUTIN-GRENIER


Soirée animée par
Sylvie DURBEC & Catherine SAISON
Avec la participation de
Thierry Guichard du MATRICULE DES ANGES
et de Hélène Boinard directrice des éditions CADEX

renseignements : durbec.sylvie@orange.fr
04 90 43 94 82 - 06 26 41 70 42

"Des anges, nous n'en avions jamais vus pour de bon jusqu'à ce matin de mistral où Madeleine en a trouvé un empêtré dans les barreaux de la grille d'entrée, comme pris dans les mailles d'un filet. Maintes fois j'avais prévenu que cette clôture était un véritable piège pour tout ce qui vole. Si on m'avait laissé l'initiative, il y a belle lurette que j'aurais supprimé cette enceinte et lâché la maison au milieu des champs, libre !"
Pierre Autin-Grenier – Je ne suis pas un héros – Éditions Gallimard-L'Arpenteur


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Il n'y a point de chemin vers le bonheur, le bonheur c'est le chemin
Lao Tseu

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Elle dit

Inclassable, elle parcourt la nuit, comme une, prise en faute.


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