Lundi 16 novembre 2009
Je viens de terminer la lecture de "Un don", superbe ouvrage de Toni Morrison au éditions  Christian Bourgois.
Cette femme écrivain traite magistralement de l'esclavage en Amérique du XVIIè siècle et en dénonce l'infamie dans un espace temps original et poétique malgré l'âpreté du sujet. Une écriture exceptionnelle menée avec brio.
Je vous recommande vivement ce livre. Dans une époque où l'on encense souvent des ouvrages camelote,  jusqu'à parfois leur attribuer des prix littéraires, l'écriture puissante et remarquable de Toni Morrison est une pépite !


Extrait :
Il n'y a plus de place dans cette pièce. Tous ces mots recouvrent le sol. À partir de maintenant tu devras être debout pour m'entendre. Les murs sont un problème parce que la lumière de la lampe est trop faible pour qu'on y voie. Je tiens la lampe dans une main et les lettres de l'autre. Mes bras me font mal mais j'ai besoin de te redire cela. Je ne peux le dire à personne d'autre que toi. Je suis près de la porte et proche de la conclusion. Que ferai-je de mes nuits lorsque le récit s'arrêtera ? Le rêves ne reviendront plus. Soudain, je me souviens. Tu ne liras pas mon récit. Tu lis le monde mais pas les lettres du langage. Tu ne sais pas le faire. Peut-être un jour apprendras-tu. Si c'est le cas, reviens dans cette ferme, sépare les serpents du portail que tu as fabriqué, pénètre dans cette grande et impressionnante maison, monte l'escalier et entre dans cette pièce qui parle en plein jour. Si tu ne lis jamais cela, personne ne le fera. Ces mots précis, refermés et grands ouverts, se parleront à eux-mêmes. Tout autour, d'un côté à l'autre, de bas en haut, de haut en bas, à travers toute la pièce. Ou bien. Ou peut-êre pas. Peut-être que ces mots ont besoin de l'air qui se trouve au-dehors dans le monde. Besoin de s'envoler puis de tomber, de tomber comme des cendres sur des arpents de primevères et de mauves. Sur un lac turquoise, au-delà des pruches séculaires, à travers les nuages coupés par l'arc-en-ciel pour parfumer le sol de la terre.
Toni Morisson - Un don - Éditions Christian Bourgois
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Dimanche 15 novembre 2009

Elle regarde bleu, moulée d'un contre-espoir qu’elle ignore. Il lui faut une échelle, le voyage est risqué. Tout en haut, elle court. Elle va au cœur comme on va aux champs, malgré les intempéries. Plus petite que ce qui la porte, elle a des douleurs mal ficelées, des maladresses. Dans la chambre verte de mai elle revient souvent, déplie son cahier, consulte ses images, filtre la matière. Elle est comme une épine, comme une épure, le jour la touche à peine. Au ventre de la terre elle connaît le feu qu’elle redoute moins que la ruse des hommes.

Ile Eniger - Il n'y aura pas d'hiver sans tango, mon amour - Éditions Chemins de Plume

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Dimanche 15 novembre 2009

Elle se souvient. Le piano blanc au centre du désert. La trace de musique. Unique. Les hanches du sable, mouvantes sous la tonne de ciel. Le jardin de monastère, ses paroles d'oiseaux, son silence de loin du monde. La sonnette du vélo, aigrelette. Les fleurs, les légumes, les fruits, dans le panier sur le porte-bagages. La légèreté de la chanson inventée chaque jour. Parfois la voix qui manque. Les baies de sureau plein les doigts. Noires. La nuit et l'ortie de chemin, la brûlure. Le cornouiller, bras tendus vers la neige. La lumière dans la pluie, la réponse. L'écriture de brindilles, de pattes de bêtes. Le je, fragile. Elle se souvient, les mains en attente. Et le battement. Les ailes.

Ile Eniger - Un cahier ordinaire

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Jeudi 12 novembre 2009
Photo I. E.

Un jour ailleurs, lointain en son image. Sans parole, arrêté seul. Et la lumière calme. Les rires revus de mémoire. Été flambant jaune sur les fraîcheurs de lac. Ce fruit mordu laissé sur l'étagère. Un jour plus un jour plus un jour qui n'en faisaient plus qu'un. Sandale légère au long des longues routes longues . Et le silence, les soirs, posé comme une lampe. Un jour ailleurs dans le jour d'hui lassé. Petit regain qui monte avec l'automne et tombe avec les feuilles de novembre épuisé.


Ile Eniger - Un cahier ordinaire
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Lundi 9 novembre 2009
Souvent, l'essentiel nous tombe dessus comme une chape, vous colle à la peau, vous clame qu'écrire est d'une gravité extrême et d'un dérisoire absolu. Selon mon voeur : j'aurai écrit quelques pages puis j'aurai disparu dans l'invisible, habitant en retrait, dans une campagne perdue, loin de tout et de tous, regardant glisser les jours puis allant voir à l'étranger, de temps à autre,  si j'y suis. J'aime franchir des frontières car le monde est une terre sans clôtures. Cela se lit partout, sur tous les visages, dans chaque pli d'un regard.
J'écris sur la table de la cuisine de la femme silencieuse, face à la fenêtre donnant sur l'étroit jardin. J'entends les oiseaux, je vois le soleil ou les gouttes de pluie ruisselant sur les feuilles. Cela me suffit. Voir des feuilles pleurer de joie me suffit.


Joël Vernet - Celle qui n'a pas de mots - Éditions Lettres Vives
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Lundi 9 novembre 2009
Avant hier, je suis allée à la Fnac.
Je demande à la préposée aux renseignements, le dernier recueil de Joël Vernet "Celle qui n'a pas de mots", elle me répond après m'avoir fait épeler le nom :  non vous savez, à la Fnac nous avons surtout les grands auteurs. Poliment j'explique que justement c'est un grand auteur. J'ai droit à un regard assez méprisant et : si vous voulez, on peut vous le commander, mais avec les petits éditeurs, c'est long ! Je dis que Lettres Vives n'est pas un "petit" éditeur, et voyant qu'il convient de ne pas insister, je demande un livre de Pierre Autin-Grenier "Toute une vie bien ratée". La,  j'essuie un sourire condescendant et la réponse suivante : décidément vous ne lisez que les auteurs inconnus ! Devant tant d'ineptie, je commence quand même à perdre un peu patience mais je contiens la moutarde qui me monte au nez et rappelle que l'auteur en question est publié chez Gallimard depuis des lustres ! Pas démontée, la jeune personne me désigne d'un mouvement de tête la gondole devant son rayon : si vous voulez lire de grands auteurs, en voilà ! Abasourdie, je vois les auteurs proposés, que je ne citerai pas, (j'en connais un sur les trois et lui faire de la peine ne servirait à rien), mais leur donner du "grand auteur" me sidère ! Je rappelle à la jeune inculte qu'il ne suffit pas d'avoir une audience auprès des médias et du grand public, ni même d'obtenir un prix, pour être un grand auteur ! Elle me répond : quand même, j'en connais un rayon puisque je suis libraire ! Le jeu de mots involontaire me rappelle Mr Jourdain, et je n'insiste pas me souvenant du dicton populaire : "on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif" !
Pourquoi une aussi grande librairie ne prend-elle pas la peine de recruter des personnes qui ont au minimum quelques qualifications livresques ? Je préfère ne pas imaginer que le but est de vendre, uniquement de vendre et au Diable le reste, mais... je m'interroge ?!

Ile Eniger

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Dimanche 8 novembre 2009

Les rangées plus longues que lui le cassaient au matin et le relevaient peu. Il taillait les vignes, les arbres, et les vignes, les arbres le reconnaissaient. Il entendait l’orage avant même l'oreille, goûtait la terre pour savoir ce qui lui manquait. C’était un homme simple, de prime colère, d’émotion rentrée. Un loup pas bien méchant qui jouait au féroce. Je n’ai jamais bien su qui il était, il ne parlait pas plus sous le soleil que sans. Il me semblait la porte entrebaîllée qui parfois attire, et souvent effraie. Les soirs le ramenaient fourbu, rompu à l’échine, lointain et réel à la fois. Ainsi passait sa vie d’un point à l’autre, loin des images que j'avais. Je l’aurais voulu différent et qu'il fasse l'enfance sans peur mais nous n’avions pas la même lampe pour éclairer la route. Quand le vieux loup est mort, j’ai reconnu mon père.


Ile Eniger - Du feu dans les herbes - Éditions Cosmophonies

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Dimanche 8 novembre 2009

Mer


Hier, la mer
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Mercredi 4 novembre 2009
Claude Lévi-Strauss est mort hier, il allait avoir 101 ans. Les médias en ont peu parlé, il faut croire que la culture spaghetti fait plus d'adeptes que les point majeurs de la Culture réelle.
Ce homme logique, précis, attentif citoyen du monde qui disait dans "Tristes Tropiques" : L'un des plus grands drame contemporain réside dans la difficulté croissante de vivre ensemble, et qui, humaniste écologiste rappelait que  : Les droits de l'humanité cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces, cet ethnologue anthropologue,
attentif à la fraternité, qui écrivait : J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent, laisse la force d'une écriture et d'une vie montrant qu'il est urgent de : faire de l'homme une partie prenante, et non un maître de la création.
Claude Lévi-Strauss, professeur au Collège de France,  laisse une oeuvre impérissable. Entre autres : "Tristes Tropiques" 1955, ouvrage essentiel qui l'a fait connaître au grand public -  "Les structures élémentaires de la parenté" - "La pensée sauvage" - "Mythologies" - "Anthropologie structurale" -  "Histoire de Lynx". Cet homme qui a dépassé le cadre de la communauté scientifique pour approcher l'humain au plus près, était un grand homme et un immense écrivain.
Ile Eniger
 
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Mardi 3 novembre 2009

Pied dans la terre, le vieux bateau de la Baie St Paul rêve peut-être de voyages
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