Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part.
St Exupéry
Bienvenue sur le blog de Ile EnigerCe qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part.
St Exupéry
Peu de mots résistent à la lumière de nuit. Le silence les joint sur la table. Au sommeil blanc d'une page muette. Ils traversent des lignes, des ponts, des carrés de pensées. Sans bruit ils dessinent des arbres, des feuilles, des forêts où s'abritent des voix. Parfois ils ressemblent aux oiseaux quand ils parlent d'elle. Semés à la volée comme graines de radis, ils tracent des guérets, des rangées, des sillons. Ils font des champs. De l'intérieur, de l'extérieur, ils parlent. Et la signature les rend au silence. Peu de mots résistent à la lumière de nuit. Ce pays, signes d'encre sur la neige.
Ile Eniger - Un cahier ordinaire
Le seul écrivain qui m'intéresse est celui qui se tient debout en état d'insurrection permanente contre l'inhumain.
Jean Sulivan
Ile Eniger - Un coquelicot dans le poulailler - À paraître aux Éditions Collodion
Pendant trois jours, j'ai été invitée au Salon du Livre de Mouans-Sartoux, un très beau Festival qui titrait :"La fureur du monde", et dont on sentait dans les différents débats, films, interventions d'auteurs, que le but était de trouver comment transformer la fureur négative en une fureur créative et fraternelle afin de le rendre, ce monde, habitable.
Pendant trois jours, j'ai vu passer beaucoup de gens ; j'ai vu de bien belles choses et d'autres moins. Sortons si vous le voulez bien des petites géguerres entre auteurs qui ne font finalement que révéler ce que chacun est ! Et souhaitons à tous les écrivants de continuer leur chemin non dans la compétition absurde avec leurs voisins de stands proches ou éloignés, mais avec eux-mêmes dans l'amélioration de leur écriture, l'ego pour outil et non pour encensoir.
Ce dont je veux vous entretenir aujourd'hui procède de deux situations que j'ai vécues.
La première concerne un petit garçon d'environ six ans venu au Salon du Livre accompagner sa maman chroniqueuse et écrivain et qui, pendant toute la durée de notre conversation -qui était sûrement rébarbative pour un enfant se cet âge- s'est ingénié à fabriquer avec un tract publicitaire, une sorte de construction. N'allez pas imaginer que l'enfant n'était pas vif ! Bien au contraire, parfois il intervenait dans la conversation comme savent le faire les enfants, avec un à-propos sidérant qui montre que leur esprit suit ce qui se passe même s'il semble occupé ailleurs. Quand nous nous sommes levées pour rejoindre nos occupations respectives, le petit garçon tout joyeux nous a dit : regardez, regardez, j'ai fabriqué une chemise de pirate ! En effet le papier s'était transformé en une magnifique chemise bien découpée que n'importe quel pirate eut été fier de porter. Sans se rouler sous la table ou manifester un ennui, cet enfant avait su occuper son temps de manière joyeuse et personnelle. Au regard et à l'intérêt porté par la maman vers la chemise de pirate, je sus que oui, on pouvait encore élever un enfant dans le respect de soi, de lui, des autres, et de la vie.
La deuxième situation concerne une mère et sa fille d'environ 13 ans.
Arrêtées devant le stand où je signais mes livres, la maman les feuilletait depuis une minute environ quand sa fille lui secoua le bras, signifiant clairement qu'elle en avait assez d'attendre ! Je souris et demandais à la jeune fille si les livres ne l'intéressaient pas. Elle me répondit que non, elle n''aimait pas lire, que c'était trop ennuyeux. La maman rit et ajouta : elle, à part Internet avec S. L., rien ne lui plaît, elle passe sa vie devant l'ordinateur. Ce à quoi la jeune fille répondit que : au moins, ça c'est la vie, là-dessus je suis riche et je fais ce que je veux ! Un frisson désagréable me fit appréhender la suite ! Je posais quand même la question : et... c'est quoi S. L. ? Là, j'eus droit à une explication qui me fit comprendre que sur ce truc du Net on peut se projeter dans une vie virtuelle, s'inventer des qualités, des pouvoirs, des richesses, des métiers mirobolants, bref, tomber dans un monde qui loin de développer l'imaginaire sans perdre contact avec le réel, contraint à vivre par procuration en oubliant la réalité. Abasourdie, je demandais à la maman si cette attitude ne l'inquiétais quand même pas un peu, elle me répondit : faut bien être de son temps (?!) et là, au moins, j'ai la paix et ce n'est sûrement pas pour ça que ma fille a de mauvais résultats en classe. Puis elle rassembla ses affaires pour suivre sa fille qui était déjà partie deux stands plus loin. Un moment j'eus le vertige ! Tristesse devant ce monde de leurres et de désinvolture où peuvent tomber petits et grands pour devenir les marionnettes de ceux qui ont bien compris comment les brosser dans le sens du poil !
Aujourd'hui, je m'interroge sur ces deux situations opposées, je me dis qu'il est urgent de retrouver ou de trouver ce qui rend responsable, qu'il est grand temps d'exercer une vraie vigilance devant les choses insidieuses qui pervertissent en vendant des miroirs aux alouettes ! Reste notre conscience à cultiver, cette particularité individuelle qui fera que, demain, le monde sera ou non plus humain et habitable.
Ile Eniger
Écrire est un acte d’amour, s’il ne l’est pas il n’est qu’écriture
Jean Cocteau
"Vous devez être le changement que vous
souhaitez voir dans le monde"
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